
ou la fin du quatrième trimestre
il y a deux jours ma fille a eu trois mois. il y a deux jours, mon quatrième trimestre s’est achevé.
tout est passé en un instant. la grossesse, l’accouchement, ces premières semaines. tout me paraît déjà vraiment très loin. la grossesse n’est plus qu’un vague souvenir, les sensations de ce corps autre qui était pourtant le mien, je les ai déjà oubliées. j’ai été enceinte. je ne le serais jamais plus. je ne me souviens plus comme c’était dur, comme j’ai eu peur, la seule pensée que je suis capable d’articuler c’est: je ne donnerai plus jamais la vie. alors souvent les journées sont aussi amères qu’elles sont douces.
douces car ce début de post-partum l’a été, d’une douceur enivrante, je ne pensais pas que c’était possible. Avec cette bébée, tout est si léger. tout semble facile, ou presque. c’est l’effet deuxième enfant, peut-être.
cet après-midi nous sommes sortis nous promener et au moment de partir mon mari me demande: « mais, tu n’as pas pris de couches? ». j’ai haussé les épaules. pour quoi faire? lorsque notre aîné était petit il était inconcevable de quitter la maison sans le sac à langer au grand complet, couches, tapis de change, lingettes, mouchoirs, langes, doudou, plusieurs tenues de rechange… et ça c’était lorsque j’arrivais à surmonter mon angoisse de partir de la maison avec mon bébé.
je ne vais pas mentir, les premières semaines avec ma fille ont eu leur lot de difficultés. une fois encore nous avons tiré la carte du bébé koala. pendant un mois et demi environ, il était impossible pour elle d’être ailleurs que dans nos bras. on se relayait pour la tenir pendant ses siestes. on était enchaînés à elle et par bien des côtés c’était épuisant mais je souhaite à tout le monde cette sensation de plénitude suscitée par un nourrisson paisiblement endormi, la tête dans votre cou.
depuis quelques temps maintenant elle fait ses siestes dans le petit berceau en rotin que nous avons installé dans notre chambre, à côté de notre lit. je dis « le » et pas « son » petit berceau car en réalité il n’est pas à elle, en tout cas pas uniquement à elle puisque c’est le berceau dans lequel j’ai aussi dormi petite ainsi que mes frères et sœurs. un jour j’ai été une bébée et le berceau en rotin en garde la mémoire. aujourd’hui c’est ma fille qui le gorge de ses respirations sereines et de son odeur de beurre.
dans le petit berceau en rotin mon aîné n’a jamais trop voulu y rester longtemps. il ne dormait pas. ses siestes étaient quasiment inexistantes, ou faites dans la poussette. ses nuits étaient hachées, interminables. elle lui ressemble tant physiquement, mais elle est si différente. plus apaisée. comme moi je le suis. elle dort plus longtemps la nuit bien qu’elle ait tout de même quelques réveils. elle est difficile à endormir le soir, mais elle parvient à dormir un long moment dans le berceau en rotin. quand elle se réveille en plein milieu de la nuit et que je suis trop fatiguée pour l’y rendormir alors je la prends dans notre lit, je la pose à côté de moi pour lui donner le sein allongée. tout de suite elle comprend, elle comprend que j’ai abdiqué et qu’elle va dormir contre moi, alors dans son demi-sommeil elle m’adresse le plus joli des sourires.
et sa bouche qui me tète, je m’endors. je dors la nuit. je ne souffre pas d’hypervigilance.
je me sens parfois prisonnière de mon allaitement car je ne peux jamais trop m’éloigner d’elle. mais je suis aussi tellement heureuse de pouvoir la nourrir ainsi, c’est un sujet qui mérite un article à part entière.
le soir je vois le ciel se teinter de rose par la fenêtre, j’ai un pincement au cœur, je pense à ces soirées d’été, la liberté qu’elles représentent et dont je suis privée en ce moment. c’est incroyable car je vois bien que le ciel est beau. il y a trois ans j’étais en pleine dépression post-partum et je ne voyais plus les crépuscules d’été.
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